LE THÉATRE PRIVÉ

 

L'économie du Théâtre Privé :
une économie particulière

Comme son nom l’indique, le Théâtre Privé est un théâtre d’initiative privée, et dont l’exploitation ne reçoit aucune aide directe de l’Etat ou d’autres financeurs publics.

En réalité, si l’on excepte le cas unique et prestigieux de La Comédie-Française, le Théâtre Privé, au sens d’un théâtre indépendant ne bénéficiant directement d’aucune aide publique, a vécu en situation de quasi monopole jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le Tartuffe de Molière mis en scène par Roger Planchon au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1979.

Le Théâtre Privé : un modèle historique

En ce sens, le vocable de « Théâtre Privé » ne s’est répandu, par différenciation, qu’à compter du jour ou l’Etat s’est engagé dans un vaste mouvement de décentralisation théâtrale s’accompagnant de la création d’un secteur subventionné particulièrement dense en région, par la suite renforcé par un investissement toujours plus important des collectivités territoriales.

C’est ainsi qu’aujourd’hui co-existent un Théâtre Privé et un Théâtre Public, ce dernier abritant de multiples catégories ou labels selon la vocation qui leur est assignée et les modes de financement publics dont ils bénéficient directement.

Cette différenciation Privé/Public est donc avant tout le produit de deux histoires parallèles, plus que l’expression d’un schisme ou d’un clivage artistique ; elle ne signifie pas nécessairement, et heureusement, une absence totale de relations, de nombreux comédiens, et certains metteurs en scène, s’exprimant aussi bien dans l’un que dans l’autre secteur.

A cet égard, on doit souligner que bon nombre de spectacles créés dans le secteur privé, essentiellement à Paris, sont ensuite diffusés en tournée dans des théâtres ou établissements subventionnés, cette complémentarité entre production      « en lieu fixe » puis « en tournée » constituant l’un des fondements du modèle économique du Théâtre Privé.

Autre caractéristique propre :


Claude Brasseur et Jacques Villeret dans le Diner de  cons en 1993, au théâtre des Variétés.

En France les Théâtres Privés sont également leurs propres producteurs, impliqués donc dans les risques de la production, ce qui constitue une différence notable avec d’autres formes d’exploitation, en usage à Londres, New-York ou Berlin, qui voient les théâtres se limiter à la seule fonction d’accueil des spectacles.


Le théâtre-producteur : une spécificité française

Cette spécificité a des implications importantes puisque à chaque nouvelle création la prise de risque pour le théâtre est très élevée, les recettes d’un spectacle étant ses seules sources de revenus. La vulnérabilité, pour ne pas dire la précarité, est donc un aspect essentiel du modèle économique des Théâtres Privés.

Le constat de cette précarité est à l’origine des réflexions menées conjointement par l’Etat et les professionnels, ayant abouti, en 1964, à la création de l’ASTP.

Par cette initiative, les pouvoirs publics reconnaissaient au Théâtre Privé son apport essentiel à la création dramatique et le dotaient d’un outil destiné à garantir sa pérennité, sans porter atteinte à son indépendance.